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C'est une inversion de rôles. Pour la rentrée, la galerie MURO transforme des
collectionneurs en exposants. Jocelyne et Fabrice Petignat ont accepté de dévoiler une
partie de leur collection, autour du thème du portrait. Une quarantaine d’oeuvres d’une
vingtaine de plasticiens contemporains seront exposées dans la galerie MURO du 7
septembre au 15 octobre 2010. Peintures, photographies, sculptures et vidéos,
rien n'està vendre...
Ces portraits ont été réalisés, pour leur grande majorité, durant les deux dernières décennies. Audelà
de l’individualité des visages représentés, ces oeuvres offrent une lecture de notre société avec
un point de vue souvent critique. Ainsi rassemblées, elles reflètent aussi, en filigrane,
la sensibilitéde leurs acquéreurs.
Jocelyne et Fabrice Petignat ont contracté le virus de l’art contemporain au milieu des années 1980.
Par leur flair, ils sont fréquemment devenus les découvreurs d’artistes qui ont accédé à une large
notoriété par la suite.
Parmi les artistes exposés, on en citera des mondialement connus comme Nan Goldin, Wolfgang
Tillmans, Jamie Reid, Vanessa Beecroft, Lutz & Guggisberg ou encore Hannes Schmid. Mais les
Petignat se distinguent par leur volonté de découvrir toujours des nouveaux talents. Ainsi de
nombreux artistes émergents, voire inconnus du grand public, figurent dans leur collection, et
aussi dans l'exposition. Par exemple le photographe allemand Matthias Amann, qui vient à peine
d'achever ses études, ou Armen Eloyan, Keren Cytter et Tobias Spichtig qui n'ont que tout
récemment accédé à la notoriété.
La démarche des deux collectionneurs est avant tout mue par la passion et guidée par leur regard
aiguisé. «Dans tout ce que nous achetons, il y a toujours une émotion, une humanité,
explique Fabrice Petignat. Ce qui nous intéresse, c’est la recherche de l’être, au-delà de
l’apparence, voire de la douleur. Dans ces portraits, on voit que certains visages sont
torturés. Mais derrière ces turpitudes, on perçoit la beauté, une liberté d’esprit qui
permet d’exister au-delà des conventions.»
Un sous-thème musical traverse l’exposition, traduisant l’attachement de Fabrice Petignat à
l’histoire du rock. Chez MURO, on croisera ainsi les portraits peints ou photographiés,
hagiographiques ou ironiques, de Morrissey et Michael Jackson par Dawn Mellor, Ian Curtis et Syd
Barrett par Abetz & Drescher, ou encore Marianne Faithfull par Hannes Schmid.
On pourra voir aussi un tableau de Billy Childish. Ce musicien survivant du punk est aussi écrivain.
En tant que peintre, il a créé l'événement lors de la dernière édition d'Art Basel. Mais les Petignat
n'ont pas attendu le rendez-vous bâlois pour rassembler nombre de ses pièces. On pourra découvrir
à la galerie MURO le portrait de l'écrivain Robert Walser, référence identitaire pour l'artiste.
Les deux collectionneurs ont déjà eu l’occasion, en 2008, de montrer une partie de leur patrimoine,
centré sur le thème du corps, au centre biennois Pasquart. Visiteurs fidèles de la galerie MURO,
Jocelyne et Fabrice Petignat ont accueilli avec enthousiasme la proposition d'offrir un nouveau
regard sur leur collection. «Il est intéressant de confronter cette collection à d’autres
personnes, poursuit Fabrice Petignat. On saisit ainsi des aspects que nous n’avions pas
forcément perçus, des choix qui étaient peut-être inconscients de notre part.»
C’est ce jeu de miroirs qui a motivé la galerie MURO, soutenue dans cette aventure par l'encadreur
genevois Marco Colucci. Tous sont persuadés du rôle fondamental que jouent les collectionneurs
d'art dans le monde de la création. «Monter cette exposition permet d’inverser le
mouvement habituel des oeuvres, note le galeriste Tindaro Gagliano. C'est l'occasion de
sonder la personnalité des collectionneurs. Ces véritables passionnés sont souvent des
gens très discrets. Pourtant, ils réalisent un travail de recherche approfondi, qui mérite
d’être connu.»
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